Savons-nous que nous sommes les produits marketing de Google ?

gg-capitalGoogle veut capter toute l’information du monde… les miennes aussi !

Si Google, ce « meilleur ami » toujours disponible, que nous sollicitons chaque jour de nombreuses fois pour répondre à la moindre de nos interrogations, garde une part de mystère, lui, il semble vraiment tout savoir de nous ! C’est du moins l’impression qui se dégage chaque jour davantage quand on croise les informations le concernant1 !

Une part de mystère… c’est peu dire ! Pourtant qui l’aurait imaginé en septembre 98, quand les jeunes Sergei Brin et Larry Page s’installaient dans le garage d’une petite maison de Santa Margarita ? Quelques signaux faibles auraient peut-être dû attirer l’attention d’observateurs avisés, comme le nom pour le moins ambitieux qu’ils donnent au moteur de recherche qu’ils conçoivent : « Googol », nombre qui s’écrit avec le chiffre 1 suivi de 100 zéros  (10100), nom choisi pour signifier symboliquement leur volonté d’organiser l’immensité du volume d’information du monde !

La réussite de Google… quelle place pour l’éthique ?

Mais petit à petit, et à petits pas feutrés, le « garage » des débuts a migré en véritable petite ville, le fameux Googleplex de Mountain View, étirant du même coup à l’extrême les ambitions initiales de ses occupants ! Comment ne pas se réjouir que cette élasticité ambitieuse ait donné des ailes à l’innovation, créé des emplois et tiré vers le haut l’économie numérique ?

Une réussite qui surfe habillement sur une naturelle schizophrénie qui nous pousse d’une part à nous émerveiller, voire nous réjouir de voir éclore chaque matin de nouvelles innovations, des services gratuits dont beaucoup d’entre nous ne sauraient plus se passer… Et cette sourde inquiétude de ne pas savoir au juste ce que l’ogre le « Géant » sait véritablement de nous. Quand, comment et jusqu’où pioche-t-il dans nos vies et utilise-t-il nos données ? Une ignorance savamment cultivée qui annihile toute option de libre-arbitre sur laquelle l’humain tente depuis toujours de se distinguer de l’animal.

Reste donc cette question… éthique s’il en est : savons-nous que nous sommes le produit marketing de Google ? Le produit sur lequel l’entreprise construit sa réussite économique : elle pèse 400 milliards de dollars et est première au hit parade des entreprises mondiales les plus puissantes, devant Apple et IBM.

Conscients réellement de ces absorptions de notre intimité et de l’usage marketing qui en est fait, serions-nous tous d’accord ? Poserions-nous des conditions ? Exigerions-nous des dividendes ? Imposerions-nous des règles, des limites ?

Savons-nous que, bien au-delà de la seule capture de nos informations personnelles quotidiennes, Google avance plus ou moins « masqué » vers une autre capture d’information, encore plus intime que celle de notre vie privée, puisqu’elle va jusqu’à s’intéresser de près à celle de nos cellules, de notre ADN1 ?

Là encore, est-ce que nous n’aurions pas notre mot à dire, « avant » qu’il ne soit trop tard ? Est-il déjà trop tard ?

Suggérer l’émerveillement pour nourrir l’aveuglement ?

Quand on regarde le reportage « Google, au cœur du géant qui veut changer le monde » qui était proposé par M6, on voit que les conditions de travail proposées aux salariés sont optimisées au maximum. L’idée avouée étant de créer les conditions de la créativité, avec ce mot d’ordre : « Ten X thinking » (penser 10 fois plus grand). Certes ! Mais peut-être aussi que ce cocooning est moins propice aux questions éthiques que certains pourraient être tentés de se poser ?

De même, qui ne s’est pas émerveillé par exemple devant les images accessibles d’un clic de Street View ou autre Google Maps pour lesquelles Google fait fabriquer des voitures-photographes, des motos-neige ou autres étranges sacs-à-dos de randonnées, tous capables de prendre des photos grand-angle, toutes les 3 secondes, pour immortaliser les recoins cachés de la planète ! C’est vrai qu’il peut être jubilatoire de voir s’afficher sur notre écran des images aussi panoramiques qu’improbables de ruelles de villages, de sentiers de rando, de canyons, de sommets enneigés… Sauf à imaginer que cette cartographie si précise, vivante et détaillée, puisse un jour servir à des fins nettement moins bien intentionnées que le tourisme virtuel !

Mais ce n’est pas ce à quoi on pense spontanément quand on voit de telles images ni quand on lit  que « Google parie sur les nanoparticules pour lutter contre le cancer »… La tentation est grande d’oublier que c’est une entreprise qui a vocation à rendre son business le plus rentable possible à partir de ce produit que nous lui offrons innocemment et sans restriction aucune : nous-mêmes !

Consolation (ou pas), Google n’est pas le seul « GAFA2 » à « tondre la laine que nous lui donnons gentiment pour la vendre… »3. Des organismes s’inquiètent au niveau européen de telles stratégies, à l’exemple de la CNIL qui a sanctionné Google pour sa politique de confidentialité, le condamnant à versée l’amende maximale en la matière4. Mais sans doute que 150.000€ d’amende en France ne sont pas de nature à inverser le sens de la roue !

Sommes-nous prêts d’ailleurs à n’être plus ce produit monétisé par Google ? Quand il nous faudrait pour cela renoncer à nos habitudes numériques…

replay-capital-M6-googleReplay de l’émission « Capital » M6 :
« Google, au coeur du géant qui veut changer le monde »

Grégoire
Curieux du monde numérique

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1 Google, un bond de Géant… pour le transhumanisme ?
2 Nom donné au groupe des 4 géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon
3 Si c’est gratuit, c’est vous le produit ! Emission « Là-bas si j’y suis » sur France Inter
4 Vie privée : Google écope de l’amende maximale de la CNIL

ligne-fine

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3 Comments
  1. Françoise

    La question est peut-être plus « jusqu’où le savons-nous ? » ! En effet il faudrait être bien naïf pour croire par exemple que la gratuité de services comme Gmail ne recèle aucune contre-partie. Ce que l’on n’imagine pas vraiment c’est jusqu’où va cette contre-partie.

    On imagine que lorsqu’on ferme un compte ou que l’on supprime des données, Google ne conserve ni le compte ni les infos… Erreur ! Ce qui veut dire que l’on perd le contrôle des données qu’on lui confie pour un usage que l’on croit défini : un service de messagerie. Ce qui est bien plus grave que de les utiliser ponctuellement pour nous afficher des publicités ciblées en fonction de ce qui circule dans nos mails… Là, on peut se dire « naïvement » que c’est de bonne guerre et que de toute façon, seul un algorithme perçoit et ponctionne des mots clés pour en faire un « bon » usage effectivement bien juteux !

    Maintenant, le savoir nous fera-t-il changer nos habitudes ???

  2. Marine

    Peut-être un vrai début de prise de conscience sur la façon dont Google exploite nos données et fait son business, puisqu’il semble que même aux Etats-Unis ça pose question !
    En effet, le Sénat américain annonce qu’il va se pencher sur les pratiques de Google http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/31/le-senat-americain-va-enqueter-sur-google_4606211_3234.html
    Après, reste à savoir effectivement ce que chacun de nous voudra (pourra) faire pour obtenir la transparence sur ce qu’il fait de nos infos…

  3. Et au-delà de ce que la société Google elle-même fait de nos données personnelles, n’oublions pas que c’est une entreprise américaine. Elle est donc soumise au Patriot Act qui autorise des officines locales d’état diverses et variées à ponctionner dans celles-ci.

    Google n’est pas la seule d’ailleurs. Je suis effrayé de voir que des entreprises françaises confient sans crainte des données cruciales au « cloud ». C’est facile, c’est pratique, mais ou est hébergé ce cloud, aux USA dans la plupart des cas.
    On repart donc dans la logique de fournir sur un plateau à l’état américain l’ensemble de nos données.

    Bon, vu que mon début de commentaire me donne un rôle de parano, je continue avec les dernières nouvelles bien de chez nous. Sous couvert de sécurité, de lutte anti terroriste, plus besoin d’un juge pour fermer un site web. Il semble qu’au moins un site sans aucun reproche en a déjà fait les frais.
    J’imagine le tôlé si l’on avait autorisé cela pour les livres !

    On s’oriente aujourd’hui de moins en moins doucement en France vers la même chose que nos amis américains avec le projet de loi sur le renseignement qui vient d’être adopté par l’Assemblée nationale ce matin. Bref, Orwell était un petit joueur, Big Brother de la rigolade, le monde de la semaine prochaine sera bien pire…

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