Le numérique encourage-t-il le vol de contenu ?

duplicate-content« Copier / coller – Ctrl c + Ctrl v – Selection Copier / Selection Coller ».
Qui n’a jamais effectué cette manipulation sur un ordinateur ou un smartphone ?

Cette petite fonctionnalité très pratique aura permis à des milliards de contenus de changer de support. Mais tout aussi pratique qu’elle soit, cette manipulation se heurte à des limites légales ou morales. Elle a aussi des impacts insoupçonnés par nombre de ses utilisateurs.

Pour quelles pratiques ?

Vous copiez une photo sur votre ordinateur, vous allez l’imprimer et l’accrocher au-dessus de votre bureau ? Vous copiez l’article d’un journal pour le lire tranquillement chez vous le soir ?
Dans ces cas, personne ne vous reprochera quoi que ce soit. Excepté pour la musique ou les films, cet usage personnel est parfaitement toléré.

Vous copiez une photo sur Google image ou un texte sur un site ou livre pour les diffuser sur votre propre site ou livre ? Vous tombez là sous le coup de la loi.

Que dit la loi

« Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. »

Légalement, seule est autorisée la courte citation. Sur le web, les webmasters tolèrent généralement une reprise très partielle à condition qu’un lien pointe vers la source complète (le contenu original).

Dans le cas contraire, la contrefaçon, le parasitisme commercial, la concurrence déloyale peuvent être invoqués et être punis de peine allant jusqu’à 3 ans de prison et trois cent mille euros d’amende.

La vision d’un référenceur

C’est plutôt sous cet angle que je développerai mon approche, car c’est mon métier et peu de gens sont au fait de l’impact des pratiques de copier/coller sur la visibilité de leur site sur les moteurs de recherche.

Pour faire simple, le référencement (SEO) consiste à rendre un site plus visible dans les résultats de recherche des moteurs (Google, Bing…).

Le contenu dupliqué

Les moteurs ont développé des algorithmes visant à pénaliser les contenus rédactionnels dits « dupliqués». On parle de contenu dupliqué lorsque celui-ci est accessible à partir de plusieurs URL (sur le même site, ou sur des sites différents).

Ces filtres sont très appréciés des utilisateurs. En effet, comment jugeriez-vous la qualité d’un moteur de recherche qui vous afficherai 10 fois le même contenu sur sa première page sous prétexte que celui-ci est diffusé sur 10 sites (noms de domaine) différents ? Votre expérience utilisateur serait décevante !

La qualité des textes

En parallèle, le contenu textuel qualitatif a prit une importance prépondérante en référencement. Les améliorations successives de l’algorithme de Google (portant les noms de « Panda » ou « Pinguin ») lui ont permit de dévaloriser, et donc de déclasser, les contenus de faible qualité (textes trop succincts, sémantique trop simple, manque de richesse). Les textes qualitatifs sont donc devenus un très bon moyen de sortir son épingle du jeu.

Vol de textes et référencement

Quoi de plus facile alors que d’aller chercher les contenus de qualité sur les autres sites pour les publier sur le sien ?

Le site pénalisé ne sera pas forcément celui que l’on croit.
La plupart des gens pensent que Google donnera la primeur au premier site qui aura diffusé une information. Mais il n’en est rien.

Google ne saura jamais qui est le premier, il sait seulement quand lui aura trouvé ce contenu en premier, la nuance est grande. D’autant plus que ses robots visitent bien plus souvent certains sites que d’autres.

Il fonctionne donc plutôt sur sa perception de l’autorité d’un site. Pour faire simple, le site d’un grand journal existant depuis 10 ans sera jugé comme ayant plus d’autorité que le petit site récent de la petite école locale.

Si un professeur de cette petite école publie un excellent article, une nouvelle méthode pédagogique par exemple, et que le grand journal copie intégralement ce contenu pour le publier sous son propre nom, le site original a toutes les chances d’être déclassé pour « contenu dupliqué ». Oui c’est injuste, mais c’est comme cela que fonctionne Google.

Voila donc pourquoi les référenceurs font particulièrement attention à la copie de leur contenu.

Tel est pris, qui croyait prendre !

Dans le sens contraire, si vous avez un petit site récent, mais aucune compétence rédactionnelle, la copie de textes sur d’autres sites pourra vous pénaliser de manière importante. Et ne croyez pas qu’il suffise de changer quelques mots en utilisant des synonymes. Google est parfaitement capable de déceler ce type de pratique.

Quelques cas récents

Notre agence est régulièrement plagiée, probablement car nos textes apparaissent fréquemment en première page de Google (le dernier cas en date). Un exemple qui démontre que le monde de l’entreprise est fortement impacté par ces pratiques.
Les blogs culinaires sont fréquemment plagiés que ce soit pour leurs photos ou leur contenu.

Mais ces vols ne s’arrêtent pas au web.

Nous avons tous entendu parler de devoir d’étudiants reprenant mot pour mot des articles entiers du célèbre site Wikipédia. Un professeur s’est même amusé à piéger ses élèves pour mettre en exergue ces pratiques.

Le numérique, un accélérateur de vol de contenu ?

Probablement, car la manipulation technique est bien plus simple que du temps de Gutemberg. Mais en contrepartie, les outils servant à identifier les textes copiés sont toujours plus nombreux et performants. On citera par exemple Copyscape, Noplagiat, Compilatio

Au fil du temps et des sanctions, il est donc probable que la tentation devienne moindre.

Quelle part de responsabilité pour Google ?

Les pratiques de classement de résultats de Google ont fortement encouragé la copie, car la production de contenu en volumes importants est devenue l’une des clés du positionnement sur ce moteur. La tentation est donc grande d’aller se servir gratuitement (si l’on omet les risques judiciaires) plutôt que de travailler sa propre production.

C’est aussi l’occasion de se poser la question de la restriction de l’information liée à la prédominance de Google en France (90% de la recherche). Ceux qui utiliseront parfois BING ou Qwant découvriront sans doute de nouveaux horizons qu’ils ne soupçonnaient pas, mais c’est peut-être l’occasion d’un autre sujet pour « Questionner le Numérique » !

En conclusion

De tout temps le plagiat a existé. Quelques affaires ont d’ailleurs fait parler d’elles dans les milieux littéraires il y a peu de temps. Mais les outils numériques l’ont sans doute rendu plus facile, plus rapide.

sylvain-richardLa question restante est de savoir si le risque de se faire prendre et les peines ou la perte de réputation encourues, rendent la pratique suffisamment risquée pour éviter la tentation ?

Une contribution de Sylvain RichardFondateur de l’agence SEO AxeNet

ligne-grise

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17 réponses à Le numérique encourage-t-il le vol de contenu ?

  1. Benoit dit :

    Nous sommes effectivement tous touchés. Mais je me demande si concrètement, quelqu’un (un avocat) pourrait tirer profit de ces milliers de personnes qui copient les textes impunément pour les remettre sur leur propre blog/site.

    Effectivement, le cas de netissime est un bel exemple des pratiques actuelles et surtout, des excuses que nous rencontrons systématiquement : « c’est mon stagiaire » ou bien, « c’est mon sous traitant » etc.

  2. damien dit :

    Personnellement, je pense que l’on a plus à gagner de créer son propre contenu que de copier des milliers de textes à droite et à gauche. Après, il est vrai que pendant une période les agrégateurs web qui récupéraient l’intégralité des contenus marchaient très très bien. Tellement bien qu’il passait devant le site source.

  3. aem dit :

    @Benoit : l’excuse du stagiaire n’est pas recevable, le dirigeant est responsable légalement …

    Sinon, au sujet des textes et leur copie, quelqu’un sait il pourquoi les videos et les images sont mieux “protégées » que les écrits ? Mieux défendus ? Plus simple ?

    La réponse à la question est simple, si on est gros on peut tout se permettre …
    Les petits n’ont qu’à la fermer (puisque poursuite et avocat coutent chers et trop lent à l’échelle du net).
    Ce qu’ils peuvent perdre c’est leur image (voire notoriété), en copiant et étant pris en flag par les communauté !

    Sebastien

  4. Marine dit :

    Alors là ! J’en lâche le clavier… je n’imaginais vraiment pas qu’en reprenant un texte même pour un petit blog d’étudiante, ça faisait cet effet-là !
    Merci d’avoir apporté cette info.
    Donc pour répondre à votre question finale, oui le risque décrit semble assez dissuasif, du moins pour quelqu’un comme moi, pour faire gaffe au « CTRL-C / CTRL-V » !!!

  5. Miss Seo Girl dit :

    Merci pour cet article très intéressant.

    Le contenu dupliqué, j’en découvre tous les jours. Récemment, c’est en faisant de recherches sur le massage californien, mon prochain article pour l’Agenda de la Nantaise.

    Le cas de netissime m’a plutôt fait sourire ! C’est facile de tout mettre sur le dos du stagiaire ou du sous-traitant. Enfin, moi je sais à quel point c’est important d’avoir du contenu unique et original, donc je n’ai pas de questions sur ça.

    J’ai simplement une question sur les images. Acheter les images, c’est assez cher et les images gratuites et libres de droits ne sont pas trop à mon goût. Je sais aussi que ce n’est pas très légal … Mais qu’est-ce que je risque si je prends une photo/illustration sur Google ? Avant tout procès ou autre condamnation, je vais recevoir un mail pour me demander de supprimer ma photo ? (essayer de régler l’affaire à l’amiable ? ) Ou comment ça se passe ? As-tu des infos sur ça ?

    Merci beaucoup !
    Alexandra

  6. Sylvain dit :

    @ Miss Seo Girl
    Si l’image appartient à des gens comme gettyimages, ta petite photo risque de te couter 5000 euros. Ne compte pas sur eux pour t’avertir. Ils se font voler tous les jours, ils ne prennent plus de gants depuis longtemps.

    Mais tu auras le même problème avec des tas d’autres propriétaires d’images.
    La pêche sur Google image est un sport dangereux.à pratiquer avec discernement.

    En même temps, une image sur fotolia coute environ 1 euro…

  7. On Error dit :

    La dématérialisation a cet effet très pervers qui tient du raccourci de pensée : ça n’existe pas puisque c’est un concept. Le texte numérisé est une vue de l’esprit, la musique numérisée aussi, tout comme les images numériques.

    Puisque rien de tout cela n’est palpable, rien n’est volé.

    Tout ce que font ces braves gens (qui copient-collent), c’est PARTAGER une information. Il n’y a plus de chaîne producteur > diffuseur > consommateur. Tout est fait en direct, tout le monde peut relancer la copie, le vol est donc sans fin.

    Donc je pense que le numérique FAVORISE le vol de contenu, ce qui n’est pas exactement la même chose que l’encourager.

  8. Pierre Anthony dit :

    La civilisation de l’immatériel se développe, et avec elle tout ce qui l’accompagne, notamment ses bons et ses mauvais aspects, avec ses lois et ses dérives. Dans le virage technologique actuel, les créateurs voient l’aubaine du digital favoriser la création et sa communication associée au travers de ce nouveau média qu’est l’Internet. Pour répondre à l’internaute qui stipule que « lorsqu’on est gros on peut tout se permettre », j’apporterai quelques bémols à son affirmation : en tant que compositeur de musique (classique) on reste tout petit, mais le simple fait d’être affilié à une société à qui l’on cède ses droits de diffusion publique et de représentation mécanique apporte un confort rassurant au niveau de la protection de l’usage de l’oeuvre, service qui a un prix, une sorte de coût de fonctionnement dont les modalités sont effectivement complexes. En revanche, le simple fait de vouloir exposer ses créations sans aucune protection reste l’un des moyens pour inciter au pillage de contenu en toute impunité. En effet, quoi de plus simple pour un voleur que de prendre en ayant l’assurance de ne point être inquiété ?

    Nonobstant notre civilisation « avancée », le pillage a toujours existé depuis que l’humain est humain, et a été combattu de tout temps, simplement parce que la paix ne peut coexister avec le pillage, et que toute civilisation s’appuyant sur le pillage n’est qu’une forme de parasite qui s’éteint lorsqu’il n’y a plus rien à piller.

    En guise de conclusion, il semble donc logique aux vrais créateurs de s’affilier à ces organismes fédérateurs qui apportent un certain degré de protection. Ceux qui s’exonèrent de cette possibilité s’exposent au risque de vol pur et simple de leurs oeuvres, voire l’encouragent. A terme leur propension à créer et publier sans précautions s’amenuisera brusquement lorsqu’ils seront eux-mêmes les victimes de leur propre insouciance.

    Pierre Anthony.

  9. Miss Seo Girl dit :

    @Sylvain

    Merci pour ces informations. Donc pas vraiment de solution à l’  »amiable ». Je pense sérieusement à créer un compte sur fotolia. :)

  10. Antoine dit :

    Quid des photos concernant des personnages de notoriété publique, comme des politiques ou sportifs pour illustrer des articles sur des blogs?

  11. Sylvain dit :

    @ Antoine
    Si la photo a été prise par quelqu’un d’autre, un photographe par exemple, elle appartient au photographe…

  12. Adrien dit :

    La question est légitime car on voit de plus en plus de personnes se faire prendre leur contenu sur internet. Mais si le plagiat a toujours existé et existera toujours, je pense qu’il risque de se répandre de plus en plus sur internet car les gens ont, me semble-t-il, moins l’impression que le contenu y appartient vraiment à quelqu’un car il paraîtrait moins « tangible »…

  13. Anne dit :

    Une solution simple : faire ses photos soi-même et écrire ses textes soi-même… Non ?

  14. Qu’il s’agisse du fair use à l’américaine ou de la notion de copie privée strictement réservée à l’usage du copiste en version française, le problème commence quand on cherche à s’approprier ou commercialiser ce qui ne nous appartient pas: qu’il s’agisse de photos, musique, texte.
    Le partage et la gratuité totale sont des mythes véhiculés par internet (les FAI et les avocats se frottent les mains) et l’emprunt d’une oeuvre de l’esprit payante reste du vol.

  15. Jean-Luc dit :

    Je crois qu’il y a un paradoxe entre l’idée qu’on se fait avec l’internet qui nous a appris « la gratuité », l’échange, le partage… qui fait qu’on n’a pas l’impression de voler quoi que ce soit quand on reprend un texte ou une image. Et le sentiment de frustration légitime quand on est dans la position de celui qui se fait piquer son travail.

    Et puis il y a effectivement la notion d’immatériel qui est perturbante. Quand on nous prend un objet, celui-ci n’est plus là. Quand on nous prend un texte, il reste à sa place ! Ca ne se voit pas. Ca peut laisser penser que ce n’est pas grave.

    Donc même si le numérique en tant que tel n’encourage pas le vol de contenu, il le rend moins culpabilisant, au moins en apparence. Et comme le dit Marine, c’est très souvent en toute bonne foi parce que les gens ignorent que ça peut avoir ces conséquences !

    Ca veut dire qu’il faut une vraie démarche pédagogique, pourquoi pas dès l’école ? pour que chacun apprenne à utiliser et vivre avec le numérique.

  16. En effet, mieux vaut créer ses propres contenus ! Quand à Google… En matière de vols de contenus, il n’a pas de leçons à donner ! Il n’y a qu’a voir le reportage sur ARTE sur la numerisation de millions de livres sans respect du droit d’auteurs…

  17. Aurele dit :

    Je trouve cela quand même assez surréaliste qu après toutes ces années Google continue à juger de la propriété d un contenu en fonction de la notoriété d un site et pas (uniquement) en se basant principalement sur la date d indexation. Je veux dire, si un contenu à été publié depuis 2 ans sur un site et uniquement sur ce site. Pourquoi parce qu un site à forte notoriété le reprend, Google décide de modifier sa vision des choses.

    Tout cela me semble manquer de bon sens… ;)

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